The Messenger, Metz,
vendredi 4 avril 08

JPEG image



Ce matin, je ne sais par où commencer... je sais que j'ai la possibilité de retourner à l'AEFTI, centre de formation, pour tenter de rencontrer un-e arménien-ne. Ils ont leur pauses à 10h30, mais j'ai envie de chercher autrement avant.
Cet après-midi, ayant rdv avec Lorette et Said au marché de Wouappy, je ne pourrais tenter ma chance à l'AEFTI, et demain c'est samedi.
Je n'ai toujours aucune certitude concernant la langue, alors je me dis qu'il faut que j'essaye...

Avant de quitter mon auberge ce matin, je fais une recherche sur internet sur l'Arménie, savoir au moins où ça se situe, et l'associant sur google à Metz, j'ai pas mal de réponse... En effet "Metz Yerghem"est le terme qui signifie le génocide arménien, terme équivalent à la Shoah. Cela ne simplifie pas mes recherches, néanmoins je trouve un restaurant arménien, boulevard de Sébastopol. Je regarde sur mon plan, il n'y a pas de boulevard de Sébastopol. Ma connexion s'arrête là, je n'avais demandé que 15 minutes, elle s'arrête net.

Alors je décide de me rendre au CRI-BIJ, la maison des associations, je dis rechercher une communauté d'arménien puisque j'ai un message à leur délivrer, nous regardons tous les classeurs d'associations, de cours de langue, rien de spécifique aux arméniens. Je prends note cependant du cercle franco-hongrois de Lorraine, de l'AFILEC, un centre d'aide aux immigrés, et Marie me donne les coordonnées de la CIMADE. Il s'agit du centre de rétention de Metz, je la regarde stupéfaite, elle me sort "C'est bien n'importe quel arménien que vous recherchez non ? Peut-être y'en a-t-il là-bas." Je lui dis "Mais le centre de rétention c'est bien..." "Oui, c'est une prison mais on ne la nomme pas comme tel". Je repars avec toutes ces infos et décide alors d'appeler tout de suite le centre de rétention.
S'il y a quelqu'un là-bas capable de comprendre mon message, je serai heureuse de pouvoir le rencontrer. Mais je n'arrive à joindre personne, je garde pour plus tard.

Je retourne rue Mazelle puisque je ne suis pas encore allée à l'AEIM - tous ces noms d'organismes commencent à se mélanger dans ma tête, je les trouve hostiles, et les gens que je rencontre le sont parfois...- et au bout de 3 bureaux différents où je demande s'il existe une communauté d'arméniens, je trouve le bon endroit. Mais la "réceptionniste" de ce centre d'accueil au début très chaleureuse se durcit au fur et à mesure que je lui dis que j'ai un message à délivrer. Elle me laisse entendre qu'il y a des arméniens dans son centre, mais il est hors de question qu'elle me mette en lien avec eux. D'un côté je la comprends, je pourrais être flic - quoique... - ou une personne malveillante, de l'autre côté, cela traduit bien aussi la mise à distance de ces gens qui ont le pouvoir de bloquer. Je me sens si prête du but, et elle me regarde avec un sourire pas sincère, en fait je sens qu'elle aimerait que je lui en dise plus, mais je ne peux pas, je n'ai rien d'autre à ajouter. Alors je lui laisse un papier avec écrit dessus : "j'ai un message à délivrer en arménien. Vous pouvez me joindre au..." et je donne mon n°. Je lui demande gentiment si elle peux le transmettre, et je vois son visage qui se durcit de plus en plus.
Je n'insiste pas plus, je sors.

Je suis un peu refroidie par cette rencontre, je ne vais pas attendre dehors dans l'espoir de rencontrer quelqu'un, et puis je ne sais toujours pas si la langue est bien celle-là; alors je retourne à l'AEFTI qui est à côté, ma rencontre hier était plus chaleureuse.

J'arrive à l'accueil, "Harry Poter" me demande quel est le sort d'aujourd'hui, je lui dis toujours le même !
Et Olga - c'est moi qui l'appelle comme ça, elle est russe, et je lui ai donné ce nom - est bien là, me reconnaît...
"Alors ! quoi de neuf ?!?"
"J'ai une piste, il s'agirait sans doute de l'arménien"
"Ah, vous voyez, je vous avais dit le Caucase... Vous tombez bien ce matin il y a 3 arméniens ici. Je vous les appelle si vous voulez !"
"Je peux attendre midi" - la pause est déjà passée... -
"Vous savez, à midi ils tracent, c'est pas sur qu'ils restent, non attendez je les appelle"

Sans doute veut-elle savoir aussi... Plus que moi ? Mon coeur se met à battre à tout allure, elle me demande si je préfère un homme ou une femme je dis peu importe, et elle passe un coup de fil à une collègue pour qu'elle libère un arménien...
Apparaît juste derrière moi - le cours était dans mon dos - un homme, à qui je m'adresse directement : Palef - Tsara Vem - Khamilou in tchour pantouch- et... il me répond en arménien.
"Vous comprenez ? Vraiment ?"
"Oui oui... "
"Merci ! Vous m'avez délivrée... Je vous cherche depuis hier et voilà, je vous ai trouvé."
"C'est tout ?"
Je lui demande la traduction... Mais un juste pressentiment se fait ressentir, je souris fort, à l'extérieur et à l'intérieur. Je pense à Dora. Qui elle aussi sait.
Olga lui traduit un peu en russe apparemment que je suis déjà passée hier, je voulais livrer un message, il est surpris, dit encore une fois "C'est tout ? Vous voulez autre chose ?" Je lui dis "Oui, une photo, c'est possible ?"
"Euh, oui"
Je demande à Olga si elle peut se mettre à côté, elle ne comprend pas pourquoi, je lui dis "Parce que c'est un peu aussi grâce à vous, Vous m'avez aidé!"
Après quoi il demande s'il peut retourner en cours... "Oui, bien sûr... et merci !"
Je ne lui ai même pas demandé son prénom... Je ne lui ai pas donné le mien. C'était furtif.

Je remercie encore Olga, et ressors totalement vide.
Je ne sais pas où aller, j'ai donc fini ?!?
Il est 11h23.


Index