The Messenger, Metz
Jeudi 3 avril, 13h45

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J'ai commencé ma mission ce matin, arrivée à Metz hier au soir, je ne connais pas la ville, ce matin première grande question : par où commencer ???
Je décide de marcher, jusqu'à trouver la première personne à qui tenter de livrer le message, quand elle apparaîtra devant moi.
J'arrive au gré de mes déambulations aléatoires sur la place St Louis où se trouve un petit marché, et là je vois un stand avec des produits d'Afrique du Nord, je me lance :
"Palef - Tsara Vem" cet homme à qui je m'adresse me regarde bizarrement, et confus me répond "tsara vem, non désolé je n'ai pas ce produit". Je souris, et lui explique que je cherche à délivrer ce message. Il me demande de répéter, je lui dit la phrase en entier, et de nouveau confus mais avec un sourire me lance "en tout cas, ce n'est pas de l'arabe, ça c'est sur" !
Il demande à son assistante de venir, je lui répète la phrase, j'explique ma situation, que j'ai trois jours pour délivrer le message, ça la fait rire, et puis intriguée puisqu'elle s'intéresse aux langues, me dit qu'elle peut se renseigner, elle prend note du message, prend mes coordonnées, et on se donne rdv demain sur un marché plus populaire en dehors de Metz, ainsi que samedi au grand marché de la Cathédrale. On reste un moment à discuter ensemble, je bois un thé à la menthe avec eux, puis Sahid fait un thé au Shiba, une autre plante que je n'ai jamais goûtée. Laurette me propose de m'appeler si elle a un renseignement quelconque, me propose aussi de se voir dans l'après-midi, ou dans la soirée pour aller au cinéma, puisque je suis seule ici.
Un client s'arrête, j'en profite pour tenter ma chance, il me regarde les yeux écarquillés, et après lui avoir exposé ma recherche, me souhaite chaleureusement "Bon Voyage" !
Laurette m'indique avant de partir une boutique vers la gare de produits orientaux, je n'y crois pas trop mais je pars à la recherche.

En tout cas, arrivée au "Séoul", j'écarte définitivement la piste que cette langue soit asiatique, cette femme pense à l'hébreu, je lui demande où se trouve la synagogue, j'irai voir plus tard.

J'ai envie de boire un café, alors je cherche un café sympa, et me dirige dans un quartier dont j'ai entendu parler hier par un ami qui, sachant que j'allais à Metz, m'a envoyé un article sur une action qui a eu lieu samedi dernier à Metz. En effet, un groupe d'extrême droite est venu saccager un bar populaire, le Pink Bar place des Paraiges, et une manifestation anti  fasciste aura lieu  ce samedi  dans ce même quartier.
J'avais alors noté ces adresses pour y venir samedi au plus tard, et décide de chercher mon café par ici.

Arrivée dans la rue, je tombe sur "la Boutique Exotique" rue Mazelle. La femme est au téléphone, elle me lance un bref  "Vous désirez ?"
Alors je lui dit : "Palef - Tsara Vem..." Elle m'arrête tout de suite en me demandant si je parle français. Je lui explique que je cherche la personne qui saura comprendre ce message, elle a l'air effrayée et rétorque : "Vous avez fait un songe ?" Je ne comprends pas. Elle ajoute : "Un rêve ?" Je rigole et lui dit que c'est ma mission. Aïe, mauvais mot, elle réplique " Vous êtes chrétienne ?" Elle devient presque agressive. Je lui explique un peu mieux, en lui disant que je cherche la langue de ces phrases, et lui demande gentiment si elle veut bien réecouter, si elle a une idée. Elle est toujours au téléphone, parle en africain à son interlocuteur en rigolant, mais prends le temps cette fois d'écouter.
Elle m'affirme : "C'est du turc ça ! Aller voir là-bas, il y a un kebab et ils sont turcs". Elle s'est adoucie, je sens qu'elle rentre dans le jeu.

Ce que je ne lui ai pas dit, c'est que cette nuit effectivement j'ai fait un rêve :
Je suis dans un bar et une jeune fille va pour sortir. Je l'interpelle, lui demande si je peux lui parler, elle esquive alors je lui sors "Palef"... Elle s'arrête net, s'assoie à côté de moi, et très intriguée, on parle. Une amie à elle arrive, on parle toutes les trois, elles me disent que c'est du camerounais ou du sénégalais, elles veulent m'emmener voir un ami. Avant, je prends quelques photos , et on arrive dans un quartier. On monte à pied dans un immeuble très haut, j'ai le vertige, les escaliers sont en plein air. On arrive dans un appartement, je sors la phrase, et un gars rit, sourit, me rectifie sur la prononciation. Il me reprends à tous les mots alors je me dis que ce doit être proche mais que ce n'est pas la bonne langue. Il me donne alors la traduction : "Ça parle de lait. Mon ami. Donne-moi du lait". Je me réveille...
J'aurais aimé lui raconter ce rêve mais là je crois qu'elle m'aurait jeté dehors...

Je pars donc voir le kebab, et la dame ne comprends rien, ni même le français, je n'insiste pas trop et ressors, ce n'est pas du turc.
Je croise deux filles qui parlent ensemble une langue étrangère, je les interpelle, elles se retournent et j'en profite : "Palef - Tsara Vem". Je leur explique de nouveau ma quête. L'une parle bien français, l'autre pas du tout. Je répète la phrase en entier plusieurs fois. Elles écartent l'hypothèse du polonais, du russe ou du tcheq. Elles envisagent le roumain, le croate, le hongrois. Très vite elles me disent d'aller voir à l'AEFTI, un organisme de formation dans cette même rue, c'est l'heure de sortie. Mais j'arrive trop tard, il est déjà midi passé, et décide d'y revenir après la pause déjeuner.

Entre temps je tente ma chance à l'Amicale des Algériens de Metz et environ, l'homme me regarde éberlué, et me renvoi  à l'AIEM, l'Association d'Information et d'Entraide Mosellane. Mais c'est fermé, alors je vais enfin boire mon café.

J'en profite pour consulter les pages jaunes, prendre les téléphones de tous ces lieux au cas où je n'ai pas le temps de passer.

Je retourne au centre de formation, c'est ouvert, je tombe sur deux femmes qui y travaillent et leur lance : "Palef - Tsara Vem". Elles me disent : "vous êtes sur qu'il vient ici ? c'est qui ?" Alors je leur explique, elles ne savent quoi me dire, me disent qu'il y a beaucoup de monde à passer, que mes chances sont maigres si je me lance au hasard en interpellant les gens dans la cafet ou dans la cour, un collègue sort alors je réitère : "Palef - Tsara Vem......" Il me regarde et me dit : "Vous me lancez un sort comme Harry Poter !" Je rigole, il ne connaît pas la langue.
Je prends les horaires des cours pour venir sonder aux bons moments, et puis décide d'aller à la fac pour trouver un prof de linguistique qui pourra m'aiguiller sur la langue, puisque tout le monde y va de ses suppositions, ça devient difficile, ça ouvre trop de pistes. Les femmes de l'AEFTI m'ont quand même dit Georgien, ou Ukrainien. En tout cas je vais sonder cette piste de l'Est. Moi, j'ai pensé au géorgien la première fois que je l'ai entendu... Intuition ou supposition ? On verra...

Je m'arrête quand même avant de partir à l'université dans un lieu téléphonie-internet pour écrire tout ça et ne pas oublier ce soir, j'en profite pour tester ici suite à l'expérience faite à Bruxelles, mais la femme reste coite, me parle de l'hébreu... J'irai quand même vers la synagogue...

Jeudi 3 avril, 22h15

Journée en partie achevée, en effet je retrouve peut-être Laurette qui m'a appelée. Je ne sais pas si elle a une piste.

Moi j'ai avancé... Au détour de mes déambulations vers l'université, j'ai soudain entendu deux femmes parler une langue étrangère. Le temps que j'entende et que je me retourne, elles s'étaient séparées, alors je parle à celle restée là, en attaquant directement avec le message, mais elle ne comprends pas. Je lui demande en quoi elles étaient en train de parler, elle me répond ... - je ne me souviens plus, la suite a accroché mon oreille - que l'autre femme est géorgienne, peut-être comprendrait-elle... Je regarde derrière moi, la femme a disparu. Je la vois au loin, elle est déjà loin....
Je remercie rapidement pour partir à la conquête, je cours, traverse la rue sans trop me soucier des voitures, je ne veux pas la perdre... Géorgienne, je sens le but tout proche...
"Madame !.... Palef - Tsara Vem - Khamilou in tchour pantouch !"
Mais je me suis trompée... Supposition ratée donc, ce n'est pas du géorgien.
J'insiste "Vous êtes sûre ?" J'enchaîne "Vous n'avez pas une idée, je dois absolument délivrer ce message..." Je crois que de la journée jamais je n'ai été aussi convaincante, je me suis sentie si près du but...
Quand elle me répond "Oui je suis sûre, ce que vous dites là, c'est de l'arménien
Là c'est moi qui reste en carpe... De nouveau "Vous êtes sûre ? Arménien ? Palef - Tsara Vem - Khamilou in tchour pantouch c'est de l'arménien ?"
"Oui, maintenant mademoiselle j'ai un rdv"
Je réitère : "Je peux vous prendre en photo ?"
"Ah non... ça non"
Et elle disparaît.
Je réalise que j'ai peut-être été trop insistante, mais soudain c'est la révélation, je ne me sens plus à chercher une aiguille dans une botte de paille, j'ai enfin une piste sérieuse !!!
Il est 15h35...

Je continue quand même à l'université, pour confirmer... Moi qui ai toujours été hostile à ces lieux je suis toute heureuse, je n'appréhende rien contrairement à mes maigres années de fac qui étaient un vrai supplice...
J'arrive dans les bâtiments de langue et littérature; demande à l'accueil où je peux trouver un professeur de linguistique, la secrétaire me répond "A l'étage".
Bon, va falloir que je me débrouille seule...
Une file alors vient à ma rencontre "Vous cherchez quoi ? Je peux vous aider ?"
Je lui explique en montant les escaliers, et je remarque qu'elle tient en mains le programme de Toutes les voix comptent, le festival pour lequel je suis ici... Cette étudiante est une crème, elle m'amène vers les bureaux, on discute puisqu'elle a rdv à 16h, et entre deux paroles elle consulte le programme... Je sens que je vais démasquée à vue, un grand Flagrant Délit, mais elle n'arrive pas à la page de description de la performance... J'en ai envie, et puis je ne saurais pas quoi lui dire, je préfère garder le mystère.
Nous échangeons 20 bonnes minutes jusqu'à ce qu'un professeur arrive dans le couloir, elle me dit que lui saura m'aider. Elle l'interpelle, m'annonce : "Cette jeune fille a besoin d'aide, je pense que vous pouvez l'aider" Je pars donc dans mes explications, et ce professeur me confirme qu'il s'agit d'une langue slave, il n'y a rien là qui soit grec ou latin... Quand je lui parle de l'arménien il reste sceptique, me dit qu'il n'y croit pas. Aïe... Contradictions...
Je repars plus confuse qu'en arrivant, je décide d'arrêter là pour aujourd'hui, reposer pour ré-attaquer demain.


J'espère juste que toi que j'ai croisé dans les couloirs de la fac, tu auras entre temps déchiffré un peu le programme et que tu auras fait le lien entre notre rencontre et la performance intitulée The Messenger... Et que tu viendras fouiller, et que tu te verras en photo, et que tu recevras mes remerciements pour ce chaleureux partage, et que je te souhaite une belle continuation avec Echenoz...


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